Le paquebot Ile-de-France (1927–1959) de la Compagnie Générale Transatlantique (CGT) possède une particularité assez unique : à bord tronait un petit avion postal qui fit beaucoup parler de lui à l'époque et notamment dans le milieu philatélique. En 1928, pour accélérer la livraison du courrier transatlantique, la CGT équipe le paquebot "Ile-de-France" d'un hydravion CAM (Catapult Air Mail). À l'approche de la côte américaine, l'hydravion était catapulté depuis le pont avec le sac de courrier. Il pouvait alors gagner New York plusieurs heures avant l'arrivée du paquebot, permettant un gain de temps précieux pour les correspondances. Le premier vol postal de ce type depuis l'Ile-de-France eut lieu le 13 août 1928. Le petit appareil, un CAMS 37 piloté par le lieutenant de vaisseau Jean Dabry, transporta le courrier et atterrit dans le port de New York alors que le paquebot se trouvait encore à une centaine de milles de la côte. Les lettres portaient un cachet spécial indiquant “First Air Mail from S.S. Île de France”.
l'Ile-de-France et son hydravion en plein décollage
Cependant, Jules Cohen, l'agent des postes embarqué à bord de l'Ile-de-France a profité d'une escale à New York pour faire apposer une nouvelle valeur faciale (10 francs) sur 3000 timbres à 90 centimes (à l'effigie de Berthelot) et 1000 timbres à 1.50 franc (à l'effigie de Pasteur). Il s'est adressé pour ce faire à la "French Printing and Publishing Company" d'Emile Cabella. La raison d'être de cette opération ? Officiellement, il s'agissait de remédier en urgence à la pénurie de timbres à 10 francs existant à bord de l'Ile-de-France… En réalité, cette pénurie a été organisée par Jules Cohen lui-même, dans l'objectif de créer une spéculation. L'affaire, on s'en doute, fait grand bruit. Les PTT croulent sous les lettres de doléances et réclamations. Les (nombreux) philatélistes et négociants n'ayant pu se procurer les fameux timbres orchestrent une violente campagne de presse. Un député va jusqu'à interpeller le ministre du Commerce, via une question écrite qui sera retranscrite au Journal Officiel. Face à ces remous, l'attitude de l'administration postale ne varie pas. Mise devant le fait accompli, elle entérine l'initiative de Jules Cohen : les “Berthelot” et “Pasteur” surchargés doivent être considérés comme des émissions officielles. Deux panneaux de cinquante exemplaires des timbres, récupérés par les services maritimes de la Poste à l'arrivée du bateau, sont d'ailleurs confiés au musée de la Poste, où ils peuvent encore être vus aujourd'hui.
Type Berthelot surchargé - Poste aérienne No3 - 1928
Emis à seulement 3000 exemplaires, les Ile-de-France à l'effigie de Berthelot sont rares. Mais il y a encore plus exceptionnel... Lors de l'apposition de la surcharge, un panneau de 50 exemplaires (et pas un de plus) a été réalisé avec la variété surchargée renversée, et seules 4 lettres sont connues affranchies avec un de ces timbres. Source https://philapostelbretagne.wordpress.com & Blog Calves